05.11.2007
Ma dernière prédication
Quand le royaume de Dieu se rend très proche
Prédication donnée à Reims le 4 novembre 2007
Lectures bibliques
Genèse 3, 8-10 La voix de Dieu qui cherche Adam dans le jardin : où es-tu ?
3:8 Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l'homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin.
3:9 Mais l'Éternel Dieu appela l'homme, et lui dit: Où es-tu?
3:10 Il répondit: J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. (Second révisée)
Luc 19, 1-10 la rencontre de Jésus avec Zachée
19:1 Jésus, étant entré dans Jéricho, traversait la ville.
19:2 Et voici, un homme riche, appelé Zachée, chef des publicains, cherchait à voir qui était Jésus;
19:3 mais il ne pouvait y parvenir, à cause de la foule, car il était de petite taille.
19:4 Il courut en avant, et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu'il devait passer par là.
19:5 Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux et lui dit: Zachée, hâte-toi de descendre; car il faut que je demeure aujourd'hui dans ta maison.
19:6 Zachée se hâta de descendre, et le reçut avec joie.
19:7 Voyant cela, tous murmuraient, et disaient: Il est allé loger chez un homme pécheur.
19:8 Mais Zachée, se tenant devant le Seigneur, lui dit: Voici, Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et, si j'ai fait tort de quelque chose à quelqu'un, je lui rends le quadruple.
19:9 Jésus lui dit: Le salut est entré aujourd'hui dans cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d'Abraham.
19:10 Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Second révisée)
Conte donné au début du culte :
Quand le roi voulut se rendre proche de ses sujets
Il était une fois un jeune roi qui voulut se marier mais aucune fille de la cour ne trouvait grâce à ses yeux. Au cours d’un voyage il rencontra une fille du peuple dont il tomba amoureux.
Il décida de l’épouser. Personne à la cour n’osa contredire sa décision, de peur de ses réactions et parce qu’il avait tout pouvoir dans son royaume. Sa renommée dans toute la région était telle que les seigneurs voisins envoyèrent des ambassadeurs et des présents aux noces, comme il se doit, comme si le roi avait épousé une princesse de haut rang.
Le roi aimait la reine mais n’était pas satisfait pour autant, car il voyait qu’elle n’était pas heureuse. La vie au palais était tellement différente de celle de son foyer qu’elle ne pouvait s’y habituer. Les honneurs qu’elle recevait sans cesse n’y suffisaient pas. Elle avait le mal du pays.
L’amour dont le roi était capable n’avait pas de borne, mais restait inaccompli, pour ne pas dire contrarié, par le seul fait qu’il ne pouvait rendre heureuse celle qu’il aimait le plus.
Que faire ? La renvoyer dans sa famille ? Il n’en n’était pas question. Il la désirait près de lui.
Déménager sa famille au palais ? Il y avait songé, mais les liens d’amitié que cette famille avait tissés avec les autres familles du village seraient brisés, multipliant les chagrins dus aux ruptures. Pour bien faire, il faudrait transporter le village tout entier au palais, ce qui biensur n’était que folie de l’esprit et ne ferait que multiplier encore plus les ruptures de liens humains.
Le roi dans sa tête tournait la situation dans tous les sens, au point qu’il ne trouvait plus le sommeil. La reine ne pouvait plus cacher sa profonde tristesse, ce qui mettait le roi au désespoir.
Alors une nuit, il se déguisa en paysan et sortit furtivement de son palais et parcourut, incognito, les villages de son royaume. Il s’installa aux confins d’une forêt, le plus loin possible de son palais. On le rechercha pendant des mois et des mois, en vain. Finalement la reine, qui ne pensait plus qu’à retrouver sa mère, ses frères et ses sœurs, fut autorisée à rentrer dans sa famille. Peu de temps après, elle rencontra l’homme de sa vie et fut heureuse.
Personne au village, ni au monde, ne sut que cet homme, qui la rendait heureuse, n’était autre… que le roi.
Prédication
Nous commençons ce matin une série de quatre prédications sur le royaume de Dieu. Ce royaume un peu mystérieux qu’on ne voit pas, et qui pourtant vient à nous. Nous allons voir précisément comment il vient à nous, et pourquoi.
Dieu à la recherche de l’homme
Les deux récits que nous avons lus n’ont apparemment rien à voir l’un avec l’autre, et pourtant ils se ressemblent, car ce sont deux récits de rencontre entre l’homme et le Seigneur : dans les deux cas, c’est Dieu ou Jésus qui est à la recherche de l’homme. Dans les deux cas, l’initiative de la rencontre n’est pas de l’homme, mais de Dieu.
Dans le récit de la Genèse, Dieu parcourt le jardin d’Eden à la recherche d’Adam et d’Eve. Où sont-ils passés ? Ils se sont cachés au milieu des arbres. Homme, où es-tu ? dit l’Eternel.
Dans le récit de l’Evangile, on apprend que Jésus parcourait la ville de Jéricho et c’est Zachée qu’il voulait rencontrer. Quand il le voit perché dans son arbre, il lui dit : Zachée, hâte-toi de descendre; car il faut que je demeure aujourd'hui dans ta maison.
Dans les deux récits, Dieu est à la recherche de l’homme.
Vous avez remarqué qu’il est aussi question d’arbre dans nos deux récits. Adam et Eve s’en servent pour se cacher, Zachée s’en sert pour se hisser au dessus de la foule, car il était de petite taille. Un arbre, ça rend bien des services. Quand le soleil est brûlant en été, il porte une ombre bienfaisante. Jadis, Abraham avait planté sa tente sous les chênes de Mamré. Et c’est là d’ailleurs que le Seigneur est venu lui rendre visite, dans la peau de trois visiteurs. Encore un arbre. Décidément…
Revenons à Zachée sur son sycomore, et à Adam derrière les arbres du jardin. Dans les deux cas il s’agit de l’homme pécheur. Adam et Eve venaient de désobéir au commandement de Dieu, et c’est pour cette raison qu’ils se cachaient. Quand à Zachée, c’était le pécheur par excellence aux yeux des Juifs de l’époque : Zachée était responsable des impôts, ce qui signifiait pour tout le monde qu’il était à la fois collaborateur avec l’ennemi, l’occupant romain, et soupçonné de voler allégrement ses compatriotes.
Dans les deux récits, Dieu vient à la rencontre de l’homme pécheur.
Le parallèle s’arrête là. Dans l’histoire de Zachée, la rencontre est porteuse d’une bonne nouvelle. Examinons cela de plus près.
Il me faut demeurer dans ta maison
Voilà donc Jésus qui traverse la ville de Jéricho. Pour quelle raison Jésus voulait-il absolument rencontrer Zachée ? D’ailleurs, cela tombait bien, car Zachée voulait aussi voir Jésus. Mais Zachée se serait contenté de le voir du haut de son arbre. Juste le voir passer. Jésus, quand à lui, voulait aller plus loin dans la rencontre : il voulait non seulement voir Zachée, mais demeurer dans sa maison. Manger avec lui. Il voulait se rendre proche de Zachée. Quand Jésus lui dit : il faut que je demeure aujourd'hui dans ta maison, ce n’est pas pour se trouver un logement chez l’habitant, mais pour se rendre proche de cet homme.
Arrêtons-nous un instant sur ce fait : Jésus, qui était déjà connu des foules, qui avait déjà accompli des guérisons et des prodiges, que les gens voyaient comme un grand prophète, peut-être même le roi des Juifs qu’ils attendaient, ce Jésus, un roi en quelque sorte, entre dans une ville, et la première personne qu’il veut rencontrer, ce n’est pas le maire de la ville, ou les chefs religieux, mais le plus méprisé de tous : Zachée, le collecteur d’impôts !
C’est surprenant ! Lorsqu’un roi ou un chef d’Etat visite une nation, il commence par voir l’homme le plus haut placé. Mais Jésus fait juste le contraire, il commence par voir le plus bas placé, il va chez le moins fréquentable.
De son vivant, Jésus n’a jamais rendu visite au roi Hérode (sauf lorsqu’il était condamné à mort), mais il n’a pas cessé de rendre visite aux pécheurs, aux malades ; il s’est approché des lépreux, des prostituées, des marginaux, des petits de la société. Là il vient à Jéricho, qui se trouve être la ville la plus basse du monde (à – 300 m par rapport au niveau de la mer), et il va y rencontrer l’homme le plus bas sur l’échelle de la renommée.
Voilà déjà un premier enseignement sur la venue du royaume. Puisque c’est le thème de nos quatre dimanches. Le royaume de Dieu n’est pas pour les héros, pour ceux qui n’ont besoin de rien, mais pour ceux qui sont en manque de tout, en manque de l’essentiel.
Cela évoque la 1ère béatitude : « heureux les pauvres en esprit, ceux qui sont en manque , car le royaume des cieux est à eux ».
Un drôle de roi
Ce royaume dont Jésus est le roi, il vient à nous d’une étrange façon. Non pas pour régner sur nous de loin, depuis son palais, mais pour demeurer dans notre maison et se rendre proche, tout proche de nous. De nos jours, le Président de la République aime bien prendre un bain de nos foules de temps en temps. Mais cela le rend-il tellement plus proche de nous ?
Un drôle de roi que ce Jésus. Comme celui du conte raconté au début du culte. Un roi qui a quitté son palais, s’est déguisé en simple paysan pour passer incognito, s’est installé discrètement dans un village, et a finalement épousé la femme qu’il aimait.
Ce royaume dont Jésus est le roi a encore une autre étrangeté.
Nous savons qu’une des prérogatives du roi, c’est de faire régner la loi et la sécurité dans son pays. Celui qui déroge à la loi ou trouble l’ordre public est passible de jugement.
Mais Jésus n’est pas un roi comme les autres. Il vient à nous non pas pour nous juger, mais pour nous sauver. Non pas pour nous condamner, mais pour nous libérer, nous gracier. (le mot gracier est tout à fait approprié : c’est comme la grâce présidentielle ; avec une différence toutefois, c’est que la grâce de Dieu est réservée pour tous ceux qui reconnaissent leur forfait, même s’il s’agit d’un crime grave)
Le mot Zachée signifie en hébreu : purifié par le Seigneur. Dans la Bible, le nom n’est pas donné au hasard. Il dit quelque chose de profond sur la personne qui le porte. Tel est donc l’être profond de Zachée : celui qui, grâce à Dieu, est pur, délivré de tout péché.
Le regard de Jésus
Il faut se représenter la scène : Jésus s’arrête devant le sycomore et lève les yeux vers l’homme perché au dessus de lui, et lui dit Zachée ! En prononçant ce simple mot, il dit quelque chose de l’être profond de l’homme.
En fait, il dit deux choses à la fois : l’homme est pécheur, et l’homme est purifié par Dieu, justifié par Dieu dirait Luther. A la fois pécheur et justifié. « Simul peccator simul justus. »
Jésus a levé son regard pour voir en Zachée ce que Dieu seul voit. La pureté première de l’homme. L’étincelle divine que Dieu a insufflée en tout homme. Dieu a créé l’homme à son image, dit la Genèse.
Car il faut bien comprendre cette chose finalement extraordinaire, difficile à reconnaître avec nos yeux trop humains : c’est que la marque du péché est seconde, la pureté est première. La marque est accidentelle ; la pureté est au fond de notre être.
Mais avec nos yeux à nous, nous sommes le plus souvent incapables de voir cette étincelle divine en notre prochain. Nous sommes prompts à juger, à voir la faille chez l’autre. Comme les gens de la foule qui murmuraient à propos de Zachée en disant : c’est chez un homme pécheur que Jésus de Nazareth est venu loger ! »
Tandis que la foule met en avant son côté pécheur, Jésus met en avant ce qu’il devient par la grâce de Dieu.
Tandis que la foule le regarde avec mépris, Jésus le regarde avec amour. Et il dira même : cet homme est aussi fils d’Abraham ! Cet homme que vous jugez est aussi béni par Dieu, fils de la promesse de Dieu.
Voilà comment Jésus nous regarde, nous qui sommes tous des Zachée en puissance, c'est-à-dire capables de péché. Jésus voit en nous plus profond que ce que les hommes voient habituellement : il sait que nous sommes pécheurs, mais il ne s’arrête pas là, il voit en nous un enfant d’Abraham… un être béni par Dieu.
Ah ! si seulement nous pouvions regarder notre prochain comme Jésus regardait Zachée ! et voir en notre prochain quel qu’il soit un fils d’Abraham, un béni de Dieu ! voir chez l’autre l’étincelle de divinité que Dieu a placée au fond de son être, comme au fond de notre être à chacun !
Les murmures qui nous jugent
Les murmures de la foule contre Zachée ont de quoi le vexer… c’est pourquoi il s’avancera devant eux et justifiera sa bonne conduite en disant qu’il réparera tous les torts qu’il a commis. C’est bien de le faire, c’est généreux de sa part, c’est certainement le fruit de sa conversion, mais avait-il besoin de le dire à tous ?
Voilà ce qui se passe quand nous entendons les murmures qui nous jugent : nous cherchons à nous justifier. Et quand ces murmures se font plus intenses, au point de nous accuser sans cesse, nous risquons de sombrer dans l’agressivité ou, selon les tempéraments, dans la dépression.
Jésus, lui, ne murmure pas, Jésus n’accuse pas, il vient pour nous sauver. C’est ce qu’il dit à la fin de notre récit : Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
Il se rend proche de nous, il vient demeurer dans notre maison, et il nous bénit en disant : toi aussi, tu es un fils d’Abraham, toi aussi, si tu m’accueilles, tu es grâcié, libéré de toute condamnation.
Une condition : accueillir celui qui vient
Si tu m’accueilles… c’est évidemment une condition ! C’est la condition de la rencontre et du salut !
Zachée s’est fait une joie d’accueillir Jésus. Il était assez humble, finalement, pour accueillir Jésus chez lui. Sommes-nous assez humbles nous-même pour accueillir l’amour de Dieu en Jésus Christ ?
Zachée, hâte-toi de descendre; car il faut que je demeure aujourd'hui dans ta maison.
Encore un petit mot de notre texte qui a toute son importance : c’est le mot aujourd’hui. C’est-à-dire : ne pas attendre. Ne pas remettre à plus tard.
C’est aujourd’hui et chaque jour que le royaume de Dieu vient à nous.
Un royaume pas comme les autres, avec un roi pas comme les autres, et qui se fait proche de chacun d’entre nous,
tout proche même, au point de vouloir demeurer
aujourd’hui
dans notre cœur.
Amen
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17.10.2007
Prédication sur Nicodème
Culte donné à Reims le 30 décembre 2006
Jn 3, 1-13 et 17-21
Jn 7, 45-52 et 19, 38-41
La nuit du doute
Imaginez un médecin atteint d’un cancer, qu’il sait incurable, et qui connaît un guérisseur dans son village. Pendant toute sa carrière de médecin, il a pratiqué la médecine officielle et méprisé toute autre forme de médecine. Ne va-t-il pas, en désespoir de cause, quand même aller voir son voisin guérisseur ? Il va le faire. Mais il le fera discrètement. Il ira de nuit pour lui rendre visite. De peur de se trouver ridiculisé par ses amis qui lui diront : comment tu te confies aux charlatans maintenant ?
C’est ce qui est arrivé à Nicodème, un des chefs Juifs. C’est de nuit, en catimini, qu’il est allé voir Jésus. Non pas que Nicodème fut atteint d’une maladie incurable, mais il était atteint d’une autre sorte de maladie, celle du doute.
Pendant toute sa carrière de pharisien, juif pieux et fin connaisseur de la Loi de Moïse, il s’était forgé une certaine idée du Messie qui devait venir. Celui que tous les Juifs attendaient et que les prophètes avaient annoncé. Il connaissait par cœur toutes ces prophéties : le Messie rétablirait le droit et la justice. Il ferait régner la paix et non la division.
Or ce Jésus qui avait surgi d’on ne sait où, ne collait pas du tout avec l’idée que Nicodème se faisait du Messie. Quelques jours auparavant, Jésus avait chassé les marchands du Temple et déclaré devant les chefs Juifs : « détruisez ce temple et en trois jours je le rebâtirai ! » Franchement, ce n’est pas cela qu’ils attendaient du Messie, mais plutôt « suivez-moi et je chasserai les Romains qui vous maltraitent et je vous donnerai la prospérité et la paix. » Non, cela ne collait pas du tout.
Nicodème était loin d’être bête. L’allusion aux trois jours du temple détruit et reconstruit évoquait des choses connues, et il comprenait que Jésus parlait de lui-même. Mais tout érudit qu’il était, il avait du mal à croire. Il avait du mal à croire que Jésus mourrait et ressusciterait le 3ème jour, et qu’il était le Fils de Dieu. Nicodème comprenait, mais comment pouvait-il croire ?
Nous comprenons parfois, mais comment pouvons-nous croire ?
Récitant :
Il fait nuit. Nicodème sort de sa maison sans faire de bruit. Il a rabattu sa capuche sur la tête pour ne pas se faire reconnaître. D’un pas rapide il contourne le mur du temple et emprunte la ruelle étroite qui conduit à la ville haute. La lune termine sa course au-dessus du mont des Oliviers.
L’homme de la nuit tourne et retourne la question qu’il va poser à Jésus. « Je lui demanderai ce que personne jusqu’à présent n’a osé lui demander : es-tu le Christ ? Es-tu le messie annoncé par les prophètes ? Je veux en avoir le cœur net ! »
La ville est endormie. Un chat traverse la place. L’homme de la nuit aperçoit une fenêtre faiblement éclairée de l’intérieur. C’est bien là qu’il habite. Entrons.
Comment croire une chose pareille ?
Ne vous est-il jamais arrivé de préparer un entretien, un entretien important, en imaginant ce que vous allez dire, et que cela se déroule tout autrement ?
Pour Nicodème cette nuit-là, l’entretien ne s’est pas du tout déroulé comme prévu. Il avait bien démarré pourtant, il avait pu placer sa phrase introductive en disant que son interlocuteur était un maître venant de Dieu, à cause des tous les miracles qu’il opérait… Mais voilà ,il n’avait pas pu aller jusqu’au bout et lui poser la question : es-tu vraiment le Messie ? Jésus avait devancé sa pensée en sortant une de ces phrases qui vous prennent complètement au dépourvu, et qui vous vont droit au cœur : « Si quelqu’un ne naît pas de nouveau, il ne peut voir le règne de Dieu. » Permettez-moi de répéter : « Si quelqu’un ne naît pas de nouveau, il ne peut voir le règne de Dieu. »
Comment comprendre cette phrase un peu énigmatique ? En grec c’est le même mot « anauthen » qui veut dire « à nouveau » et « d’en haut ». Si quelqu’un ne naît pas d’en haut, il ne peut voir le règne de Dieu. D’en haut, c’est-à-dire de Dieu, par une intervention de Dieu dans notre façon de voir, et de croire. Car la question de fond qui est posée à Nicodème et qui nous est posée à nous aujourd’hui, c’est ceci :
Es-tu capable de voir en Jésus le Messie que Dieu a envoyé dans le monde ?
Cela va plus loin : es-tu prêt à accepter que ce Jésus est le Fils de Dieu, et que le Fils de Dieu a souffert et est mort sur la croix ?
Comment croire une chose pareille ? Folie pour les grecs et scandale pour les Juifs dira l’apôtre Paul. Cause d’incompréhension dans notre dialogue avec nos frères Juifs aujourd’hui, et aussi avec nos frères musulmans. Comment croire que le Fils de Dieu ait tant souffert ?
Croire, un don de Dieu
Au fond ce que Jésus est en train de dire à Nicodème c’est que croire une chose pareille ne relève pas de la capacité humaine, mais qu’il y faut une intervention de Dieu, avec la puissance du Saint Esprit. Cet Esprit de Dieu qui est comme le vent. Il souffle d’où il veut et où il veut. On ne sait d’où il vient et où il va.
Il veut dire au fond que notre foi est un don de Dieu.
Nous comprenons ce que nous lisons dans la Bible, ce que nous entendons au culte, mais nous avons du mal à croire. Il est aussi difficile de croire que de s’élever dans les airs en tirant sur les lacets de ses chaussures. Croire est un don de Dieu.
Nous comprenons que Jésus, après Pâques, est apparu ressuscité à ses disciples et qu’ils en ont été bouleversés, au point d’avoir l’audace de l’annoncer à tout le peuple. Mais sommes-nous prêts à croire qu’il est ressuscité aussi pour nous ? et que par conséquent il est vivant aujourd’hui, qu’il est agissant pour chacun d’entre nous ?
Nous comprenons aussi cette phrase de Paul qui déclare que Jésus est mort et ressuscité pour nous guérir de nos culpabilités, et de l’angoisse de la mort ? Mais le croyons-nous vraiment ? En avons-nous fait l’expérience ? Là encore cela ne dépend pas de nous, mais de Dieu. La foi, l’expérience d’une rencontre avec le Seigneur, cela dépend de Dieu que nous la recevions un jour.
De façon spectaculaire comme pour l’apôtre Paul sur le chemin de Damas, ou progressivement comme pour Nicodème, - les chemins de foi sont extrêmement variés.
Passer du comprendre au croire
Et rien ne nous empêche de le demander dans la prière. Rien ne nous empêche de demander au Seigneur qu’il nous envoie son Esprit, de demander qu’il nous fasse passer du comprendre au croire.
Nicodème, lui, est passé du comprendre au croire. L’Evangile de Jean nous le montre des mois plus tard au milieu des chefs Juifs en train de défendre la cause de Jésus, alors que ses collègues voulaient le condamner de façon expéditive ; au risque de se faire mal voir, Nicodème intervient alors pour qu’il y ait un jugement en bonne et due forme et que Jésus puisse se défendre.
On retrouve encore une dernière fois notre Nicodème au pied de la croix de Jésus, parmi les siens, pour aider à l’ensevelissement de celui qui est devenu son maître. Nicodème a basculé, il a changé de camp. Quel parcours de foi ! quelle transformation intérieure !
Récitant :
Nicodème est ressorti dans la rue toujours déserte. Les étoiles ont pâli au petit jour naissant. En descendant la rue étroite il pense à tout ce que lui a dit le Maître.
« Je ne suis pas venu pour juger les hommes mais pour les sauver » Voilà encore une de ces phrases qui bousculent. Serait-il possible d’échapper au jugement de Dieu ?
Dieu est-il si aimant qu’il a effectivement envoyé son Fils ? et que ce Jésus avec qui il a discuté pendant deux heures jusqu’au petit matin, c’est lui ?
Toutes ces questions tournent et retournent dans sa tête.
En arrivant devant sa maison, il s’aperçoit qu’il a oublié de remettre sa capuche. Peu importe désormais s’il se fait reconnaître…
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